Rapport d’activité adaj 2015

RAPPORT D’ACTIVITE ADAJ 2016

Le bilan de l’activité 2016 atteste que l’ADAJ répond bien aux besoins du département. Notre effectif est complet toute l’année et nous avons une liste d’attente en permanence. Le point fort de l’année a été les 40 ans du service.

La préparation de l’évènement a été le fil rouge qui a mobilisé l’ensemble des salariés. Mêlant l’énergie de chacun, impliquant les administrateurs bénévoles référents du service  et les jeunes, l’organisation a généré la mobilisation de tous pour que ce moment soit une réussite.

La célébration a eu lieu à la mairie de Fontaine en présence des élus, des administrateurs de l’association, des salariés, des jeunes personnes concernées, des partenaires et de nos invités.

Par ailleurs, nous avons poursuivi cette année et finalisé la réécriture du règlement de fonctionnement avec la participation des administrateurs bénévoles référents et du directeur général.

Un questionnaire de satisfaction à destination des jeunes accueillis a été élaboré avec la participation des jeunes et une personne en stage. Il a été mis en place et il est renseigné par le jeune au moment de son départ après le bilan final.

La situation d’Emma a été choisie pour illustrer l’activité du service ADAJ

Emma a été accueillie au service ADAJ le 21 janvier 2015 dans le cadre d’une mesure «Mineur confié à l’ASE, en assistance éducative» ordonnée par le juge pour enfant. Un droit de visite et d’hébergement chez la mère est autorisé pendant les vacances scolaires, à leur convenance.

Anamnèse  

Emma est née au Congo à Brazzaville, de père inconnu. Sa mère part en France confiant Emma à l’âge de 7 mois, à la grand-mère maternelle. Emma a de très bons souvenirs de cette période et a pu tisser des liens très forts avec sa grand-mère. A l’âge de 10 ans Emma est envoyée en France pour rejoindre sa mère qu’elle ne connait pas. Celle-ci est malade, Emma est alors accueillie par une tante chez qui elle va vivre. Assez rapidement une enquête sociale est demandée par l’établissement scolaire où est inscrite la jeune fille.  Celle-ci  nous dit, «Je vivais dans la précarité, souvent livrée à moi-même, devant gérer seule le quotidien et celui de mes plus petites cousines, en l’absence de ma tante qui faisait des allers-retours au Congo». Emma est alors confiée à sa mère, elle fait connaissance avec son demi-frère plus jeune et intègre la classe de CM2. A l’âge de 11 ans et demi, elle est placée en foyer suite à des problèmes de comportements (fugues, absentéisme scolaire…..). Son frère est placé en famille d’accueil.

Depuis Emma a eu un parcours très tumultueux, avec huit placements dans des établissements éducatifs de la région et une tentative en famille d’accueil. Elle rencontre des difficultés à accepter le système éducatif et institutionnel. Elle n’accorde que très peu de confiance à autrui et investit difficilement la relation, refusant de devenir dépendante d’autrui et /ou de peur que le lien soit rompu.

Emma a été suivie par la Protection Judiciaire de la Jeunesse pendant un an et demi (agression envers un éducateur). Elle a vécu également dehors, s’entourant et s’identifiant à sa bande de « potes» composés de garçons. Elle refuse l’autorité trop frustrante pour elle et peu légitime compte tenu de son histoire (peu d’étayage maternel, image maternelle anxiogène, pas de repère masculin, carences affectives et éducatives). Difficile pour elle de trouver une place dans la société  suite à un manque d’ancrage familial.

Origine de la demande 

Le 06/07/2013, Emma est orientée  au  Foyer Départemental de Saint Egrève, elle s’inscrit dans le projet «Réactiv» à la Poterne où elle rencontre une éducatrice de prévention qui l’aide. En septembre, elle intègre un Bac Pro «couture» à Grenoble. Elle semble plutôt contente au vu de ses décrochages scolaires précédents. En mars 2014, elle est orientée et prise en charge par le foyer des Tisserands à la Côte Saint André après avoir agressé physiquement un éducateur au Foyer Départemental. Elle fugue pour s’installer chez son petit ami (majeur). Les Tisserands poursuivent parallèlement la prise en charge. De violentes disputes se répètent dans le couple. La distance entre la Côte saint André et Grenoble n’est plus gérable. Emma fait la demande d’entrer au service ADAJ. Elle aurait souhaité aller sur le dispositif AJA, (Accompagnement Jeunes Adultes) mais étant mineure ce n’était pas envisageable…..

Sa demande 

  • Avoir un endroit fixe pour se poser,
  • Avoir un chez soi et finir sa scolarité,
  • Avoir de l’aide pour reconstituer son histoire,
  • Demander la nationalité française,
  • Ne pas avoir trop d’éducateur, 1 seul et un homme,
  • Ne pas être couvée.

Emma nous a montré qu’elle avait de la ressource et de la réflexion, qu’elle était en capacité d’analyser son fonctionnement quand elle le voulait. Elle a exprimé, dès son arrivée, son grand besoin d’indépendance et de distance avec nous. Elle a montré, dans certains domaines de la vie quotidienne, une capacité à «faire seule» : se rendre à la préfecture renouveler son récépissé de titre de séjour, entretenir et organiser l’appartement, faire ses courses, préparer des repas, prendre des rendez-vous et s’occuper de son suivi médical , gérer son budget et rechercher des stages. Emma s’est interrogée et nous a interrogésrégulièrement sur le sens de l’accompagnement éducatif pour elle, sa disposition à l’accepter et sur le fait de poursuivre ou arrêter. Elle a pu dire aussi qu’il était difficile d’avoir une éducatrice en référence et qu’elle aurait préféré un homme. Il semble également complexe pour elle de dépendre «encore» d’un service éducatif et d’amorcer une relation de confiance. Néanmoins, nous nous sommes rencontrées une fois par semaine en rendez-vous au service ADAJ ou à l’extérieur et parfois plus selon les besoins de sa situation. Dans l’accompagnement, Emma avait besoin de garder la maitrise sur sa situation et gérer le plus possible ses affaires, seule, sans notre aide et sans rendre compte. Néanmoins elle a pu dans le temps s’en saisir, pour échanger, prendre conseil, voire même s’appuyer et s’en étonner, tout en ressentant parfois le besoin de mettre à distance, en étant désagréable.

Cependant le 26 mars 2015, nous avons établi avec Emma un Projet Individualisé afin de lui permettre de trouver un sens à l’accompagnement éducatif, préciser ses besoins, déterminer des objectifs concernant ses projets d’avenir. Selon elle, ses besoins  sont d’ordre matériel et administratif : un logement, de l’argent et être accompagnée pour ses démarches administratives (naturalisation). Ses objectifs, concernent la demande de naturalisation française en lien avec l’ASE et une aide pour aller jusqu’au BAC pro «métiers de la mode et du vêtement ». Pour notre part, nous l’invitons à trouver du sens à avancer avec nous.

Le 28 mars 2015 suite à un incident avec son ex-compagnon qui a forcé sa porte, (ils se sont battus), nous avons déménagé Emma dans un appartement transitoire afin qu’elle soit protégée. Dans un deuxième temps, nous sommes allés nettoyer et remettre en place le logement avec elle. Le service ADAJ a déposé une plainte à l’encontre de cet homme concernant «la détérioration d’un bien appartenant à autrui». Emma était présente et n’a pas souhaité porter plainte. A ce propos, elle a pu rencontrer la psychologue du service. Suite à cet incident Emma n’a pas souhaité reprendre tout de suite les cours au lycée. Pour les vacances scolaires d’avril, elle a renoncé à se rendre chez sa mère, comme prévu. A cette période, Emma a souhaité passer quelques jours chez une amie de sa mère à Meylan, nous l’avons accompagnée et avons rencontré la personne. Le 29 avril, nous avons à nouveau déménagé Emma dans un autre logement.

Le 24 avril, Emma nous informe qu’elle est enceinte et souhaite poursuivre sa grossesse. Elle fait le choix en parallèle d’arrêter les cours au lycée. Nous lui recommandons de faire une lettre de démission pour le lycée. A l’annonce de sa grossesse, nous lui avons proposé de rencontrer une conseillère du centre de planification de la Clinique Mutualiste de Grenoble. Ce lieu ressource lui a permis de s’informer auprès des différents professionnels et d’être orientée pour un suivi régulier prénatal. Emma a fait le choix d’accoucher dans cette clinique. Elle reste sur la réserve quant à parler de sa grossesse et son suivi et préfère nous rencontrer en dehors du service car elle ne veut pas croiser les autres jeunes alors que son ventre s’arrondit. Avec le temps elle accepte mieux l’idée d’en parler et d’être accompagnée dans l’organisation de certaines démarches administratives et achats.

Nous l’accompagnons dans ses démarches de déclaration de grossesse. Un compte en banque a été ouvert pour Emma via le service de l’ASE (elle est mineure), afin que les prestations auxquelles elle pourrait avoir droit, puissent être versées. Emma a fait une demande de RSA, elle pourrait y prétendre compte tenu de sa situation et du fait qu’elle soit déclarée refugiée par l’OFPRA. Au niveau de sa situation administrative en France, Emma a déposé sa demande de naturalisation française en juin 2015, au Tribunal de Grande Instance de Grenoble. Nous l’avons guidée à faire une lettre de motivation concernant cette demande.

Compte tenu de sa situation, nous lui avons proposé d’envisager un lieu adapté qui lui permette d’être accompagnée dans cette grossesse jusqu’à l’accouchement afin qu’elle puisse ainsi, préparer l’arrivée de son enfant dans de bonnes conditions.

Emma souhaite dans l’absolu être indépendante, ne surtout plus avoir d’accompagnement éducatif. Elle souhaite vivre dans son propre appartement. Toutefois, compte tenu de sa minorité, de sa situation financière et sociale, ce projet semble encore prématuré.

Emma veut bien prendre contact avec le lieu de vie  «les 38 petits pas» et être accompagnée pour les rencontrer. Toutefois, ils n’ont pas de place pour l’accueillir dans l’immédiat, ni même après son accouchement. A notre demande et celle de l’ASE, elle prend contact avec le centre maternel pour avoir une présentation de ce service mais ne se rend pas aux rendez-vous. Elle exprime que cette solution n’est pas celle qu’elle souhaite et qu’elle ne pourrait pas la supporter. En fait, elle a, avec son compagnon, qui est présent, et la famille de celui-ci, envisagé une possibilité d’accueil chez eux. Lors de notre rencontre à l’ASE le 06/07/2015, Emma exprime le souhait d’arrêter l’accompagnement éducatif à sa majorité. Ensuite elle envisage de vivre avec son compagnon en logement de droit commun. Nous l’accompagnerons pour ce départ du service ADAJ et son déménagement.

Le référent professionnel

Pour l’équipe éducative